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Mercredi 28 octobre 2009
Sans contrefaçons


Toute sa vie durant, Bélinda avait oeuvré pour la veuve et l'orphelin, elle était même marraine d'un petit burkinabé  âgé de 6 mois à peine. Se sachant définitivement stérile et désirant la maternité plus que tout au monde, elle songeait à l'adoption, cependant, pour ce faire, il lui fallait un conjoint, selon les dires de l'assistante sociale en charge de son dossier.

Seule dans ce loft mal chauffé et sinistre, Bélinda errait comme un âme en peine, à la recherche d'un objet auquel elle tenait précieusement étant enfant. Un hochet de bois rosé représentant un clown avec un parapluie, offert par sa propre marraine lorsqu'elle n'avait que quelques jours. C'est sur une vieille étagère au fond du cellier qu'elle mit la main dessus au bout de plusieurs heures, et soudain son visage se mit à nouveau à rayonner. Quel plaisir se serait de voir un jour son propre enfant le tenir et jouer avec.

Comme pour faire ses courses et pour ne pas oublier quoi que se soit, elle fit une liste de ce à quoi pourrait ressembler son futur :

-St-Malo ou pas St-Malo ?(Ils ont des chapeaux...vive les bretons...)
-Marco est il l'homme de sa vie ?(?)
-Marco est il le fameux "conjoint"?(là, on est pas loin de la vérité !)
-Démissionner et envoyer péter le Rédac'?(le pied !!!)
-"free Lance"et être mon patron (pas mal ça dis donc!)
- le téléphone est en train de sonner(pourquoi j'écris ça moi???....)

Le téléphone sonne disait la petite voix sur son épaule....

-OUI!!!...c'est toi Marco, c'est marrant transmission de pensées, j'imaginais mon futur et tu appelles...

Une voix sanglotante et chevrotante à l'autre bout du fil ...

-C'est affreux, je suis perdu...personne ne va me croire...ils ne vont pas me lâcher de si tôt... je suis en garde à vue... ils ont retrouvé un corps dans la baie du "Fou"et concluent que c'est celui de ma...Elle est morte Bélinda, c'est bien elle, tout le prouve, ses habits, sa montre, ses cheveux...viens s'il te plaît j'ai besoin de toi...

Parfois la vie est pleine de rebondissement, un matin on se lève, on trouve un mot sur sa terrasse, on tombe amoureux, et on se retrouve dans un train une valise de fortune à la main, avec son destin en guise de passeport...Le temps passe à une telle vitesse dans ces moments là, il faut agir vite et bien, remettre un semblant d'ordre dans ses notes et penser déjà à une plaidoirie, comme si l'on allait devoir se justifier, cependant c'est du soutient que cet homme avait besoin pour le moment.

Un bureau lugubre et sombre, Bélinda assise sur un fauteuil de fortune avait froid, un courant d'air venait vicieusement lécher sa courte jupe en tweed. Une longue heure d'attente plus tard, un mulet vint en fin à sa hauteur,et très courtoisement lui proposer un café...

-Merci c'est gentil, mais je voulais prendre des nouvelles de Marco... Je ne connais que son prénom...enfin, je suis journaliste mais je ne viens pas faire mon article...je veux voir Marco...

-Calmez vous ma petite dame, je connais Marco, tout le monde connaît Marco ici...il est le digne fils de l'ancien Maire de St-Malo, tenez, moi, je l'ai vu grandir, j'ai même failli épouser sa mère jadis...

Bélinda fondit en larmes, les nerfs un peu trop à dure épreuve...

-Venez vous asseoir jeune fille et détendez vous, Marco ne risque rien, il est juste entendu en temps que témoin, vous comprenez il est la dernière personne à avoir vu Angéla en vie et...

-Angéla vous dites!!!Elle s'appelait Angéla, vous êtes sûr?

-Ben oui! pourquoi, vous la connaissiez?

-Non, non, c'est juste le prénom de ma mère, c'est surprenant c'est tout, et vu les circonstances, je suis sous le choc, veuillez excuser ma confusion, je suis très lasse...et...Oh....

Bélinda venait de s'effondrer à terre dans un lourd fracas...

Certainement le voyage et les soucis engendrés par cette affaire, et puis, le prénom "Angéla", comme par mystère, celui d'une mère trop tôt disparue lors d'une sortie en mer et dont le corps n'avait pas pu être repêché malheureusement. La pire tragédie pour une adolescente qui à quinze ans avait du apprendre la vie avec un père trop peu intéressé par le combat que peuvent vivre les jeunes à cet âge là, et puis le remariage avec une marâtre très précieuse et nombriliste ne pensant qu'à son prochain lifting plutôt qu'aux mauvais résultats scolaires de sa belle-fille.

-Bélinda, ouvre les yeux s'il te plaît...mon amour, respire à fond...Bélinda...

Quelques petites baffes plus tard, Bélinda revint à elle, une drôle d'odeur de vinaigre dans les narines....

-Que s'est-il passé, j'ai dû m'évanouir...Marco c'est toi, ils t'ont laissé partir, alors tu n'es pas inculpé, je le savais...

-Non, ne t'inquiètes pas je vais bien, mais ce n'est pas fini, je n'ai pas d'alibis tangibles pour cette journée, le seul témoin que j'ai c'est le vent soufflant très fort ce jour là...mais pour l'instant, il faut que tu manges quelque chose, je suis  sûr que ton malaise est dû à un manque de sucre, rentrons à la maison, je vais te préparer une bonne omelette...

-Dis moi, tu ne m'avais pas dit que ta femme s'appelait Angéla...
-Et alors ....
-C'est bizarre, c'était le prénom de ma mère...
-Et...
-Ma mère a disparu en mer et on jamais retrouvé son corps...

Tout long que fut le trajet, le silence régna dans la voiture, le paysage défilait à vive allure et une légère averse venait de s'abattre sur la pointe de la falaise...

La pièce était imprégnée du doux parfum de Marco et tempérée par le feu dans la cheminée pas encore tout à fait éteint.

-Tu devrais te mettre à l'aise et t'étendre sur le sofa le temps que je cuisine, ce ne sera pas long, je suis content que tu sois là...

Il enlaça Bélinda très longuement tout en recoiffant sa longue chevelure rousse...

-Moi aussi Marco, j'ai plein d'idées à te soumettre mais avant je dois éclaircir quelques zones d'ombre à ton sujet...

-Je ne suis pas un criminel, si c'est ce que tu veux savoir, j'étais juste là au mauvais endroit, au mauvais moment c'est tout.

-Mais je te crois, mais comment as-tu rencontré Angéla, à quelle époque et quel âge avait elle?

Saisissant une chaise par son dossier pour s'y asseoir, Marco prit un verre de vin qu'il avait du commencer à boire un peu plus tôt...

-Si tu veux tout savoir, Angéla était la fille du Potier du village, elle m'était promise depuis sa plus tendre enfance, nos parents respectifs se détestaient cordialement et nous nous voyions en cachette après l'école et dans le creux d'un vieux chêne les week-end et vacances et puis un jour elle est parti en faculté de droit à Aix en Provence et n'était plus jamais revenue jusqu'au printemps 2001, année de la mort de sa mère, son père étant devenu dépendant et sénile et notre relation a vu le jour et avons pu vivre notre amour au grand jour....Satisfaite ou non?

-Bon, je note ,valide et atteste que tu n'es pas un criminel, mais un homme dans lequel on ne peut pas lire comme dans un livre, mais derrière ce faciès de marbre se cache un sacré romantique, tu devrais te laisser aller à la confidence comme tu viens de le faire, un peu plus souvent, afin de reprendre confiance en toi...et oui, je suis satisfaite par tant de clarté...

L'omelette était bien tombée et le vin qui l'accompagnait, aussi...

-Demain matin, nous irons voir le toubib "Charlie", c'est un ami, il faut qu'il t'examine, tu es très pâle...

-Si tu veux, je suis fatiguée c'est le surmenage, de toute façon, j'ai décidé de lever le pied et prendre du recul, je vais accepter ta proposition, enfin, si tu veux encore de moi à tes côtés... faisons un essai, un petit bout de chemin ensemble...

-Biensûr que je le veux, je crois que je t'aime...




à suivre...
Par petit filope - Communauté : Romans en ligne
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Vendredi 23 octobre 2009
L'absence de tout

Où que tu sois avec moi
Et où qu'on aille on sera trois
Le manque et nous

Tous les soleils des mois d'août
Le manque de ce qui fait ce qu'on est
L'absence de tout
L'absence de nous

Vouloir toujours cacher aux autres ses failles
Avoir l'envie que quelqu'un d'autre s'en aille
Avoir peur de revenir
Avoir peur de devenir

On peut s'aimer, se désaimer
On ne ressemble qu'à ce qu'on fait
On peut rêver, se réveiller
On est semblable à ce qu'on est

...

source Calogéro-

....
Cette chanson... Tout le long du trajet de retour, Bélinda se l'est passée en boucle, c'est marrant comme souvent des paroles collent parfaitement à une situation. Avoir peur de revenir, l'absence mère de souffrance. Son amour est resté sur le quai d'un port, un marin trop tranquille et sage, de celui-ci il ne lui reste qu'un doux parfum et quelques images colorées d'une grande passion. Elle, qui n'était venu que pour élucider un trouble. Oui mais lequel ? Elle ne le savait pas encore et n'était pas prête de le trouver à ce rythme. La pire situation qui pouvait lui arriver, était de tomber amoureuse. Ça,  elle ne l'avait pas prévu, bien au contraire.

Il est six heures trente et le radio réveil s'est mis en route, la cafetière programmable n'a pas failli à son mode d'emploi et il flotte une bonne odeur d'arabica dans l'appartement. Encore endormie, Bélinda actionne tant bien que mal le mitigeur de la douche et commence ses ablutions matinales comme à son habitude. Sept heures trente six, appelle l'ascenseur, rajuste son col et appuie sur le bouton R. Parking n°725, un bip lui signale vingt pas plus tôt que sa Fiat 500 est toujours là. Marche arrière, puis marche avant, insère sa carte magnétique dans la fente prévue à cet effet, passe la première, accélère et tourne au feu à droite...
Que de mécanisme en ces gestes quotidiens. Ce n'est qu'une fois arrivée que Bélinda se réveille enfin. Ce trajet, elle le pratique depuis tant d'années qu'elle en oublie parfois presque qu'elle vient de l'emprunter. Fait gravissime quant aux risques encourus...

Retour à la réalité...

-Salut ma grande, t'as bien dormi, t'es en retard comme d'hab'... dans mon bureau dans cinq...

Elle s'exécute sans grimacer...

-Oui, merci je vais bien et toi... si j'ai bien dormi, je m'en souviens plus... je suis pas en retard mais en avance et dans ton bureau...là j'y suis... aut' question?

Un clignement de cil plus tard...

-Bon, et ton reportage sur la Bretagne, t'as un scoop sur les chapeaux ronds ou bien ils ont perdu le beurre pour faire leurs "glacis"... Ha!Ha!Ha! mon humour fait toute ma gloire, j'en reviens pas tellement je suis bon....

 -N'importe quoi!...Surtout ne change rien...C'est marrant, mais je m'attendais à une vanne pareille venant de quelqu'un comme toi, remarque tant que ça t'amuses pourquoi pas !...

Voilà ce que l'on appelle un douche ou un vent comme disent les jeunes...

-Non, mon reportage n'a rien de bien transcendant, en revanche la région mérite le déplacement et ses habitants sont charmants au demeurant...

Bélinda n'écoute même plus son rédac' mais est plongée dans ses pensées...

-Dis donc tu me copies là... Ouh Ouh! t'es encore là...Allo!...

-S'cuse moi, tu disais...

-Je disais que tu pourrais un peu te remettre au boulot fissa, je te paie pas à rien f......), je te balance sur le Louvre et la visite du premier ministre, il  a souhaité ta présence, paraît - il tu lui a tapé dans l'oeil l'an dernier au Salon du Livre, tu vois ta réputation te précède, je te préviens je veux du choux gras et du salasse...

-Le Louvre, envoie Stéphy, elle adore les potins mondains, moi,les cols cravate ça me ...

-Hop, tu bouges ton joli p'tit cul et dégrafe moi un peu ton chemisier, on dirait Soeur Marie-Françoise au parloir...

Charmant le taulier, un petit peu le fils naturel de L'abbé Pierre (paix à son âme) et d'Amanda Lear...

Deux heures plus tard, elle se confondait en plates flatteries, serrant mains et fesses dans ce "Louvre" tant copié mais jamais égalé, tendant son micro vers un petit monsieur, ministre de son état, balancé là aux dernières élections comme étant le premier d'une longue liste...

Cette journée n'en finissait donc jamais. Tout semblait gris et maussade, Paris sous la pluie, Paris dans les embouteillages, Paris à l'entrée, Paris au dessert, Paris, Paris, Paris....Bélinda se mit à crier...un cri venu de nulle part...

-STOOOOPP!!!

Le Boum d'une bombe aurait pu rivaliser avec l'effet de surprise se lisant sur les visages de la foule. Un "Coupez on reprend" aurait été moins subit...

-Elle est folle...
-Mon dieu mais que se passe t-il ? ...
-Elle a un malaise...un viol, son sac... arraché???

La poche de son imper vibrait depuis des lustres quand Bélinda refit surface...

-Allo...C'est toi Bélinda ?...

Un temps d'arrêt, un silence...

-Marco ?!...

Elle éclate en sanglots...

-Marco!...Tu avais raison, ma vie n'appartient qu'à moi et moi seule...Quand tu m'as dit "reste"...j'aurais dû t'écouter...L'absence est trop lourde à supporter...Veux tu toujours que je reste si je reviens...Tu vois je n'arrive pas à y arriver ici...cette vie  là ne m'appartient plus...Je te la confie...

Bipp.......



à suivre....






Par petit filope - Communauté : les bloggeurs du week end
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Lundi 19 octobre 2009
La partie visible de l'iceberg

Le temps d'une pause thé, Bélinda faisait un bilan sur sa petite vie parisienne bien élevée. Une enfance dorée, l'aînée de cinq filles, des parents bien sous tout rapport, un papa notaire dont le cabinet, Rive droite était le plus côté à l'époque. Une mère un peu dans l'ombre, très bonne femme au foyer, accueillant comme il se doit le gratin de la petite bourgeoisie qu'ils côtoyaient de façon régulière, en général deux fois par semaine. Une scolarité très ordinaire pour déboucher, après son bac, dans une filière journalistique, très barbante au début, mais au fil des années et beaucoup de piges, lui valu une notoriété suffisante pour décrocher deux prix de prestige, sans lesquels elle n'aurait sans doute pas échappé à la rubrique des "chiens écrasés".

Curieuse de nature et par définition, la petite journaliste, consacrait ses journées à dénicher et fureter la moindre affaire, exploitant la plus petite info afin d'en assurer l'authenticité. D'interviews en conférences de presse, accompagnés de photos volées, elle su se démarquer en adoptant un style bien à elle, une patte, une signature...

Marco, toujours aussi attentionné à son égard, avait décidé de  lui faire une petite visite guidée. Armée de son appareil photo, Bélinda ne se fit pas prier, enfila sa veste polaire, et les voilà partis...

-Tu sais faire du vélo jeune fille ?

-La bonne blague !! bien sur !!!

-Tiens je te présente "moutain bike", je te préviens, il est un peu rouillé mais c'est une belle monture très docile tu vas voir !!!

...Rires...

-C'est très romantique, moi qui croyait me balader dans ta belle décapo'...

...Sourire...

-Je l'ai vendu hier à Clint Eastwood, la sienne l'avait lâchée...

...Éclats de rires...

Finalement, Marco avait de l'humour, sous des airs coincés, l'homme ne payait pas de mine mais en plus d'un parfait amant, il dévoilait minute par minute une jolie palette de surprises...

-Dis-moi, as tu déjà vu un paysage pareil, toi qui viens de la ville ?

-Honnêtement non ! je ne vais pas  pouvoir repartir maintenant...

-Rien ne t'y oblige...

Bélinda venait à nouveau de croiser le regard de braise de Marco et cru deviner quelques larmes, mais c'était sûrement du au vent fouettant son visage...

-C'est une invitation ou une déclaration ?

-A toi d'en conclure ce que bon te semble...

Après un bon kilomètre de descente, ils arrivèrent enfin sur le port. Main dans la main comme un vieux couple, se dirigèrent vers une terrasse de café très ensoleillée. Un panorama extraordinaire, dessiné de crêtes et de monts. Quelques plaisanciers nettoyaient le pont de leurs superbes trois mâts avec beaucoup d'ardeur. Un léger brouhaha rappelant que cette communauté était une grande et même famille de passionnés, larguant leurs amarres au gré de leurs envies, sans attaches ou presque pour la plupart...

Bélinda se sentait en sécurité en cette ambiance...

-Je donnerais tout ce que je possède en ce bas monde pour me fondre dans cette masse, j'adorerais vivre comme ces nomades de la mer, quand je pense que mon existence est millimétrée aux cadences de la ville, les embouteillages, les nuits sans sommeil, l'humeur massacrante de mon rédacteur en chef, ma vie est insipide à tel point que je n'arrive plus à relativiser...

-Qu 'est-ce qui te retiens en somme ? Fait tes valises et referme la porte derrière toi, c'est une question de volonté, toi seule détiens la clé de ta vie...

Tout en buvant ses paroles, elle ne pu s'empêcher, journaliste oblige, de surenchérir...

-Si c'est vraiment la solution, pourquoi es-tu toujours ici toi ? Ce que tu as vécu devrait te faire réfléchir et partir toi aussi...

-C'est plus compliqué que ça, mes racines n'ont rien à voir avec mon malheur, ici, c'est la mémoire qui parle, mes ancêtres , la maison faite par mon grand-père entre deux sorties en mer, les murs transpirent souffrances et bonheurs, je ne peux me résigner à quitter ce lieu...

Songeur et encore absorbé par ses propos, Marco avait pris la main de Bélinda tout en l'embrassant...

-Tu sembles si fragile, mais tu dégages une telle envie de vivre, je sens que je ne m'ennuierai pas avec toi, reste....

-C'est trop tôt, laisse nous le temps de la réflexion, je dois repartir,il  le faut, je ne peux pas laisser mes affaires en cours, et puis apprenons à nous connaître plus intimement, une nuit c'est trop peu, je rentre, je mets de l'ordre, et je suis là samedi prochain, d'ici là , par téléphone interposé, nous aurions eu le temps de faire un peu plus le point, j'ai hâte de revenir et de me retrouver dans tes bras, cette nuit était formidable...

De retour à la maison, alors que Bélinda rassemblait son semblant de sac improvisé, Marco remit à nouveau sa platine en route et attrapa sa douce fiancée pour l'emmener encore dans le tourment d'une danse. Les sens en éveil, Bélinda ne tarda pas à succomber aux doux baisers que Marco s'appliquait à lui donner ça et là, ses mains parcourant de haut en bas son long buste jusqu'à l'orée de ses fesses. La mélodie de deux corps qui se mêlent et s'entremêlent était plus intense que jamais, Bélinda happée par le plaisir, gémissait de bonheur, Marco faisait preuve d'une telle douceur, s'attardant sur les parties les plus intimes que la jeune femme ne soupçonnait pas qu'elles fussent si sensibles. Dans un va et vient incessant où râles et soupirs se faisaient réponse, le couple était venu s'échouer, dans une parfaite harmonie... un parfait orgasme...

-Reste...Je t'aime....


à suivre...

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Jeudi 15 octobre 2009
Zone d'ombre

L'après-midi touchait à sa fin et une fine pluie avait pris ses marques dans la verte vallée, au large, quelques bateaux avaient hissé leur grand-voile et coupé leur moteur. La cheminée fumait à peine et la fraîcheur envahissait peu à peu la pièce principale. Bélinda s'était légèrement assoupie sur un fauteuil club, un plaid sur les jambes, quant à Marco, il s'afférait en cuisine.Peu de temps auparavant, il proposait à sa visiteuse de rester pour partager son repas, rien de bien compliqué selon lui, juste un léger potage, une salade de tomates, et un reste de quiche, et puis si la fatigue grandissait, lui offrait le gîte seulement pour une nuit.

Le tutoiement s'était naturellement installé entre ces deux ce qui facilita le dialogue et instaura des phrases plus directes...

-A ce propos, dans ton petit message, tu fais égard à sa cuisine...

-Oui, en effet, nous avions la cuisine comme point commun entre autre, il est vrai qu'elle avait un sacré tour de main, l'art d'accommoder les restes et tout et tout...

Une bonne odeur de lard ravivait les papilles de Bélinda qui jusque là, n'avait avalé qu'un seul café et un savouré son fabuleux thé au jasmin, son estomac jouait des cymbales...

-Et à part sa cuisine, que faisait t-elle de si bon pour l'aimer autant....

Le bruit du couvercle tombé au sol fit sursauter Bélinda. Visiblement très gêné, Marco montra tout à coup un signe de grande gène...

-Tu sais, je suis très pudique et n'aime pas me dévoiller mais nous avions une sexualité très compliquée, il nous arrivait de ne pas faire l'amour durant des semaines, ce qui a mit en péril notre couple, les derniers temps, nous faisions chambre à part, mon somptueux canapé que tu vois là en est témoin...

-Et...pour un homme... l'abstinence... pas trop dur...

Marco avait rougi mais continuait tout de même sa popote...

Tout le long du repas, les phrases allaient et venaient, la conversation filait le long des heures et le vin aidant, le sujet revint sur le tapis...

-Pourquoi as tu envoyé un de tes pigeons, surtout sans savoir sa destination, tu devais penser qu'elle le recevrait ou quoi?

-J'étais si malheureux, en désespoir de cause, comme un môme, j'ai écris ce message comme j'aurai pu jeter une bouteille à la mer, en toute lucidité, je savais pertinemment que jamais elle ne lirait ce fichu bout de papier, c'était stupide...

Marco avait mis un disque sur sa platine, une musique celtique aurait été de rigueur, mais tout le contraire, un vieux tube de "Simon and Gartfunkel"rendit l'ambiance plus feutrée...

Bélinda avait regroupé ses cheveux en chignon, le vin lui donnait chaud, elle dégrafait un tantinet son chemisier en aérant son buste, ses yeux luisaient...

-Et depuis... as-tu quelqu'un dans ta vie ou es-tu toujours célibataire... un homme comme toi ne doit pas laisser indifférentes les jolies nanas en mal de mari...

-Non, pas l'ombre d'une femme à l'horizon et puis je suis encore trop meurtri pour entamer une autre relation, j'ai trop souffert et ai toujours l'espoir qu'elle revienne...

-Mais tu m'as dit qu'elle avait disparu le jour de la tempête, accident ou fugue, c'est pas trop clair...

Le jeune homme imperturbable sur ces propos n'ajouta aucun commentaire et invita la belle à danser...

-Ça fait longtemps que je n'ai pas dansé avec une si belle femme, la mienne n'aimait pas faire la fête, elle était si empruntée et ne trouvait pas sa place en société, il n'y avait que sa peinture et ses plats, rares étaient les moments de détente entre nous, la routine avait pris le dessus, elle comme moi, nous étions deux inconnus dans une petite vie toute rangée, tout était chronométré ou presque...

Bélinda avait ôté ses chaussures et se sentait si légère, un peu saoule peut-être...

-En tout cas vous savez mener la danse, c'est très agréable ...

Tournant lentement comme le veut la danse, la chaleur de la pièce était constante et le couple formait un collé serré parfait. Bélinda avait balancé sa tête en souriant, Marco rattrapait la belle par la taille pour lui donner un furtif baiser en son cou chaud et délicieusement parfumé. L'étreinte fut longue et langoureuse...

L'homme avait mené la belle en son lit et l'avait honoré comme un amant fougueux, Bélinda s'abandonna quelques heures durant, emportée par la situation qui lui avait échappée, elle venait de faire l'amour avec un parfait inconnu et avait aimé ça...De longs baisers chauds et humides, des caresses si sensuelles, les coïts s'enchaînèrent l'un après l'autre jusqu'à l'aube...

Au petit jour, Bélinda ramena un peu le drap sur son ventre  tout en admirant l'amant à ses côtés. Un torse bombé et quadrillé du nombril au pubis, une respiration lente et régulière. Autour de son cou, une chaîne en or, le contour de sa bouche était parfait et une barbe naissante couvrait  en partie l'ovale de son visage. De mémoire, elle n'avait jamais rencontré d'homme aussi parfaitement dessiné et encore moins couché avec...Marco ouvrait enfin un oeil...

-Bonjour...J'ai cru que je rêvais mais non, tu es bien là...
-J'ai bien dormi, un peu courte la nuit... mais là j'ai grand faim et surtout il me manque mon café...
-Oui, attends j'en fais un du tonnerre... bouge pas, ne t'en vas pas...surtout reste là...Je reviens tout de suite...rendors toi ma belle...



à suivre...
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Mardi 13 octobre 2009
Mensonge ou vérité

Dans chaque histoire, dans chaque récit, la bonne recette, c'est celle qui sera la plus facile à boire, la fluidité du style en fait sa force. En revanche, la ponctuation accentue la situation, elle est là pour positionner et figer une sensation, un silence ou une action. Pour son article, Bélinda ne devait commettre aucune faute et trouver le bon dosage afin de rendre le plus crédible possible le témoignage de Marco. Selon ses dires, le beau marin solitaire, vivait retranché du monde civilisé, un choix ou une obligation, s'était il affligé cette punition ou lui avait on imposé...

Après avoir conversé de tout et de rien en brodant autour du sujet, au fil des minutes, l'ambiance s'apaisait, Marco semblait un peu moins farouche et esquissait même de temps à autres quelques sourires...Bélinda profita donc d'un blanc...

-Et tout seul ici, vous faites quoi de vos journées, vous avez certainement une occupation, une maison pareille, il faut pouvoir l'assumer, quelles sont vos ressources... il faut bien vivre quand même !...

Un regard noir envahit tout à coup le visage de Marco...

-Je vivotte, je survis de la petite pêche en revendant mon maigre butin tôt le matin, sur le port, ici, les petites embarcations sont de rigueur, nous, les pêcheurs, n'avons pas la folie des grandeurs et puis cela nous suffit amplement, quand le poisson est à profusion, nous arrivons à payer nos charges et rembourser nos prêts, pour ma part, je n'ai pas à me plaindre...

Un autre thé au jasmin et la moitié d'un calepin sténotypé plus tard, Bélinda passa à l'attaque, mais très bizarrement se sentait très détendue, presque comme si elle connaissait l'individu depuis fort longtemps, une étrange sensation...

-J'ai pu constater que vous ne possédez aucune photo personnelle, êtes vous fils unique, et votre famille, à propos, la jeune fille qui m'a conduit jusqu'à vous, elle prétend être votre nièce, vous devez donc avoir un frère ou une soeur non loin d'ici, non ?...

Aussi sec ...

-Ma soeur....
-Elle est la cause de tout mon malheur, je la déteste, elle n'existe plus, Rosaline, sa fille, est ma seule famille, elle est comme ma fille, cependant, sa mère a tellement détruit l'image et la notoriété me concernant, que la petite a peur de moi, ainsi que toute la population de St-Malo, je passe pour un rustre et un marginal, un rebut de la société, un être sans coeur et pour une majorité de crétins, un criminel...

Sous le coup de l'énoncé de ces paroles, Bélinda eut un hoquet qu'elle masqua tout de suite par un large bâillement. CRIMINEL, pensa t-elle...

-Pourquoi criminel et à quel titre ?

Marco s'était maintenant dirigé vers la porte après avoir enfilé un chandail beige de toute beauté...

-Venez avec moi, je dois vous montrer quelque chose de splendide, je pense que ça va vous plaire mais mettez quand même une petite laine, il fait un peu froid maintenant...

Comme attirée et sans aucune appréhension, elle se laissa guider, Marco avait délicatement posé une superbe étole de laine ambrée sur ses épaules, une délicate effluve de musc s'en était échappée ce qui fit battre son coeur, une sensation nouvelle et inattendue...

Une légère brise surprit la belle faisant voler sa chevelure rouge, un frisson l'envahit. Juste un pas derrière lui, à nouveau ce parfum, Bélinda leva son visage vers le ciel tout en écartant les bras. Enivrée, presque saoule, elle tituba un peu jusqu'à en perdre l'équilibre. Se ressaisissant en secouant la tête, soudain, un spectacle fabuleux se déroulait sous ses yeux, en bas de la colline. Un spectacle d'une pure beauté, la nature et ses splendeurs, l'écosystème environnant, une famille de marmottes avait trouvée refuge dans un petit creux au milieu d'un énorme rocher gris, visiblement la nichée était toute récente puisque il s'en échappait de petits cris à peine perceptibles...

-Qu'en dites vous jeune fille, qui a t-il de plus beau que donner la vie, pourtant la nature est intransigeante, le danger trône ici, ils ne sont pas à l'abri qu'un éventuel prédateur ne viennent les dévorer, mais la vie doit continuer, l'instinct animal est plus fort que tout...

Entre le délirant parfum que Marco dégageait et la magnificence du tableau sous ses yeux, Bélinda, se sentit très troublée. Elle se laissa soudain aller et enlaça la taille de Marco qui n'eut aucune réaction...

-Oui, en effet, c'est magique et très apaisant, on peut tout relativiser après un tel tableau, la vie est un combat on en a la preuve ici et maintenant, c'est si beau...

Marco ne semblait plus le même depuis quelques instants, il eut même un geste affectif pour sacraliser ce moment en apposant sa main droite sur celle de la belle et de l'autre rassembler entre elles les mèches venant s'échouer sur son blanc visage...

-Quel est donc ce qui vous hante Marco ? Pourquoi ai-je la sensation de vous connaître si bien, je me sens si bien en ce moment, vous êtes tellement différent de l'image marginale détaillée par vos voisins...

Le souffle coupé en en demi ton...

-Je ne suis pas celui que vous croyez et au fond de vous c'est une certitude sinon vous ne seriez pas ici, la preuve en est que nous sommes tous les deux, face à face, entre la terre et le ciel...

Face à son destin pensait-elle. Même dans ses rêves les plus flous, Bélinda n'eut pas le souvenir d'une telle plénitude, en cet instant. Pourtant elle était venue chercher la vérité, lire entre les lignes de ce fameux petit message, mais  des sentiments venaient insidieusement s'y greffer. Marco était si attachant et semblait souffrir en silence, retranché du monde par dépit...

-Bélinda, j'ai un lourd secret à vous révéler, promettez-moi de ne pas me juger vous aussi, j'ai confiance en vous et moi non plus, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai également la sensation de vous connaître depuis longtemps...

-Ce matin là, la tempête faisait rage, et ma compagne n'était pas dans son bon jour, peut-être à cause du vent qui criait au travers des fenêtres, elle n'eut même pas un mot à mon égard, mais juste ce regard fuyant. Les disputes entre couple sont monnaie courantes chez les pêcheurs, certaines périodes sont creuses et les marins rentrent bredouilles assez souvent, durant cette crise il arrive que l'humeur en pâtisse et déteigne sur le couple et depuis plusieurs semaines c'était le cas, nous ne nous échangions plus aucunes répliques désobligeantes ni même un baiser, et en ce dimanche matin, elle m'annonçait qu'elle me quittait,comme ça sans rien dire d'autre, ni argumenter sur la situation, elle fit sa valise et claqua la porte, c'est tout...

Bélinda acquiesçait sur la tirade mais ne prenait pas note...

-Et que s'est -il passé ensuite ?




...à suivre... 

Par petit filope - Communauté : Romans en ligne
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